Nous, personnes au chômage, “abonnées à 500 euros mensuels” et autres mal payées, esclaves déguisées, sous-traitantes, “contractées” à court terme, faux travailleurs indépendants, travailleurs intermittents, stagiaires, personnes boursières, étudiantes travailleuses, étudiantes, précaires, personnes faisant l’objet de saisies, mises dehors, licenciées, sans-abri, émigrantes, immigrantes, exilées, isolées, retraitées, exclues, censurées, anciens et nouveaux pauvres, toutes celles et tous ceux qui sont confrontés quotidiennement à de graves limitations de leur dignité et leur liberté,
il y a un an, le 12 Mars 2011, au Portugal et à l’étranger, nous sommes descendus dans la rue, révoltés mais avec espoir, inquiets mais déterminés à bâtir un avenir meilleur. A bout de souffle et indignés, mais avec des propositions. Au Portugal, nous étions plus de 500 000.
Ce jour, nous avons affirmé : nous sommes la Démocratie.
Avec la volonté d’exercer activement nos droits, nous avons livré au Parlement des milliers de propositions concrètes et des idées, que chacun et chacune de nous a apporté le jour de la manifestation, sur la façon de construire une société nouvelle et meilleure. Nous avons lancé une graine de participation civique. Nous avons montré que cela est possible, et réussi à décider et à faire. Nous avons surmonté tous les barrages, convaincus chaque génération, dans un esprit de coopération.
Après cette journée, de nouvelles dynamiques sociales se sont créées, de nouveaux mouvements, de nouveaux rapprochements de volontés, d’espoirs et de projets ; proposition de Loi Contre la Précarité élaborée par les citoyennes et les citoyens, Initiative Citoyenne d’Audit de la Dette Publique, manifestations, assemblées populaires, actions directes, n’ont été que quelques exemples de la vitalité d’une société à participer de façon éclairée et responsable, aux processus d’influence et de changement politique et social, tout au long de cette dernière année.
Le 12 Mars restera une conquête, parce que les gens ont pris conscience de leur pouvoir.
Nous voulions nous faire entendre. Nous avons montré que “nous n’avons pas envie d’aller par là”1. Un an plus tard, tout est pire.
Le gouvernement ne nous écoute pas. Nous n’avons jamais travaillé autant, de manière aussi flexible et précaire. Ils nous ont vendu la fausse promesse selon laquelle, si nous acceptions une moindre sécurité d’emploi, cela créerait du travail pour tous. Aujourd’hui, le taux de chômage est au plus haut depuis le 25 Avril 1974, date de notre Révolution et de la fin de la dictature dans notre pays. Dans les écoles, les enfants ont faim. Abandonnés, des milliers de personnes âgées doivent choisir entre médicaments et nourriture. Du nord au sud du pays, on ferme des commerces, des usines, des petites entreprises, mettant des milliers de personnes au chômage. Les jeunes, étudiants, nouvellement diplômés sont encouragés à émigrer, signant l’aveu clair d’impuissance et d’incompétence du gouvernement.
Depuis l’arrivée anti-démocratique de la Troïka, nous souffrons d’un plan d’austérité qui nous asphyxie. Le Portugal est le pays européen où ces mesures pénalisent plus de gens plus pauvres que de riches. Où la distribution des revenus est la plus inégale de tous les pays de l’OCDE. Et où les plus vulnérables sont obligés de payer les effets de la corruption, les avantages des mafias locales, régionales et internationales. Il s’est instauré une dictature économique qui brise les restes du pacte social inauguré le 25 Avril 1974.
Le 12 Mars 2012, nous réaffirmons que nous, personnes de ce pays, nous sommes la Démocratie. Que les Etats démocratiques ce sont les gens, pas les marchés. L’économie existe pour servir les gens, et le FMI et autres créanciers.
Les Etats existent parce que nous leur confions le devoir d’organiser les droits basiques que sont l’éducation, la santé, la justice, la sécurité, la mobilité, la protection de l’environnement, le soutien social à toutes les personnes et en particulier aux plus défavorisées. C’est pour ces raisons, pour qu’existe une justice sociale, que nous payons des impôts. Et non pas pour alimenter des prêts internationaux aux taux odieux. Le gouvernement portugais doit être le garant des droits fondamentaux définis par la Constitution et le Droit International.
Si les taux que nous payons, le fruit de notre travail, ne servent plus à assurer les droits, libertés et garanties, pourquoi payons-nous des impôts ?
Nous réaffirmons les idées, l’espoir et la volonté de reconstruire notre communauté, notre village, notre ville, notre pays, notre continent, de notre monde.
Nous n’acceptons pas l’imposition d’un état proto-fasciste, sous le prétexte de payer la totalité du coût de la dette. Nous ne permettrons pas que le mouvement social soit criminalisé et que soient instrumentalisées les forces de sécurité pour provoquer des troubles et la peur parmi la population.
Nous n’abdiquons pas le droit de manifester, le droit à la confrontation ou la pluralité des opinions. Nous ne croyons pas à l’inévitable, la pensée unique en politique ou la morale du sacrifice.
Parce que la démocratie est ce que nous en faisons.
Le 12 Mars appartient à toutes et à tous. Il est à chacun et à chacune de nous.
Que le 13 le soit aussi!
Le Mouvement 12 Mars propose :
- Qu’à partir du 12 mars 2012, chaque personne écrive ses idées pour améliorer le pays sur une feuille, une affiche, un drap blanc…
Et le mette à ses fenêtres, aux balcons, dans son lieu de travail, dans ses écoles, sa voiture, sur ses vêtements, ses mails, ses blogs, ses murs Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux.
Que chacun recommence à échanger des rêves, partager des visions du monde. Montrons que nous ne sommes pas seuls, qu’il est possible de résister en construisant. Pour qu’amis, famille, voisines et voisins, collègues, ou personnes des files d’attente des centres pour l’emploi, se réunissent pour discuter de ce qu’ils veulent pour leurs vies et réussissent à l’obtenir.
- Qu’aux prochaines élections locales, des groupes de personnes entrent dans les mouvements et partent à l’assaut du pouvoir local.
Nous mettons au défi, toutes celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette façon de gouverner, de créer des listes indépendantes et d’être candidat aux conseils municipaux et conseils de quartiers à travers tout le pays.
Nous allons, unis, de bas en haut, refonder l’Etat et défendre à nouveau des idées de justice, d’égalité, de liberté et de coopération que les gouvernants ont cessé de pratiquer depuis longtemps. Il est temps aujourd’hui de gagner en responsabilité et de perdre la peur.
1 - Expression idiomatique empruntée à un poème de José Régio, “Cântico negro” (Cantique noir, poème de résistance anti-fasciste): (…) Non, je n’irai pas par là, j’irai uniquement où me guident mes pas (…).











